Culture, Loisirs

« DJ Ahmet » ou le garçon qui faisait danser les collines

Dans “DJ Ahmet”, la musique apporte un vent de liberté dans les campagnes de Macédoine ! Un excellent film à ne pas manquer.

La musique est liberté pour toutes et tous ! Ahmet (Arif Yakup) a 15 ans. Du jour au lendemain, son père lui demande de quitter l’école pour l’aider à la ferme et s’occuper du troupeau de mouton. Depuis le décès de sa mère, son petit frère Naim (Agush Agushev) ne parle pas et son père est bien décidé à le guérir grâce à l’aide d’un guérisseur. En réalité, les deux enfants aiment danser sur une musique qu’ils écoutent en cachette. Ils ne sont pas les seuls. Dans la ferme voisine, une jeune fille Aya (Dora Akan Zlatanova) est rentrée d’Allemagne en vue d’un mariage arrangé. Elle rêve de danse et de musique et prépare en secret une chorégraphie pour la prochaine fête du village… Ces deux-là sont faits pour se rencontrer lors d’une fête techno organisée au-milieu de leur campagne !

DJ Ahmet (ou le garçon qui faisait danser les collines) de Georgi M. Unkovski

Avec Arif Yakup, Agush Agushev et Dora Akan Zlatanova

Date de sortie : 8 Avril 2026

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Vive la technologie !

C’est ce que ne cesse de répéter l’imam du village qui essaie d’exploiter la technique pour diffuser l’appel à la prière et la bonne parole… C’est un des aspects très drôle du film. Afin de ne pas tomber dans les clichées de la confrontation entre la modernité et la tradition, le réalisateur Georgi M. Unkovski montre par petite touche comment l’arrivée de la modernité via TikTok, le hip-hop, les fichiers MP3 d’un PC et le système d’exploitation Windows XP transforme le quotidien de l’ensemble d’une population rurale et encore traditionnelle. « Le post a reçu 5000 like, soit l’équivalent de 50 villages » s’enthousiasme Aya en montrant à Ahmet le film de son troupeau de mouton sur fond de musique techno. Avec doigté et beaucoup d’empathie, Georgi M. Unkovski nous plonge ainsi dans cette région de Macédoine du Nord où les femmes quel que soit leur âge portent encore des tenues brodées très colorées et où les mariages arrangés sont toujours une réalité. Les jeunes sont fascinés par la musique moderne, exutoire pour Ahmet, son petit frère, Aya et ses copines… mais aussi moyen de partager et de se souvenir. La mère des deux garçons n’aimait-elle pas aussi la danse puisqu’elle utilisait les enceintes pour danser et les emmenait dans des festivals de musique ? Le réalisateur revisite ainsi avec intelligence le thème du conflit intergenerationnel, la musique étant un facteur d’union. En utilisant la musique des Sinkauz Brothers, artistes nés en Croatie mais ayant fait leurs études en musicologie en Italie, mélange d’instruments traditionnels et de rythme électro, Georgi M. Unkovski démontre qu’un rapprochement est possible.

Enfin, il réconcilie tous les âges avec la question finale et intemporelle du père d’Ahmet : est-ce qu’on ne peut pas être amoureux ?

D’excellents comédiens

Bien que né à New-York, le réalisateur Georgi Unkovski est lui-même originaire de Macédoine. Ce n’est donc pas un hasard s’il a choisi de tourner au sein de la communauté Yörük après de nombreux repérages et castings. Il mélange ainsi les codes, les moutons d’Ahmet semant la pagaille lors de la fête alors que lui-même est en transe, les jeunes filles dansant sur de la musique techno tout en portant leur costume traditionnel. Arif Yakup (Ahmet) et Dora Akan Zlatanova (Aya) sont parfaits chacun dans leur rôle, très crédibles et attachants. Avec ses grands yeux sombres et son joli sourire, le jeune Agush Agushev charme et interroge. Georgi Unkovski ne condamne pas le père mais en montre tout le désarroi et l’humanité face à ses garçons et à des situations qui le dépassent. Comme dans les tragédies grecques, un chœur de femmes rythme l’histoire avec des confidences. Il mélange ainsi des éléments du fantastique (les lumières dans la forêt la nuit, les éclats de la fête, la couleur rose de la laine du mouton égaré) avec des éléments plus factuels (le travail à la ferme, les champs de tabac) permettant de sublimer une société plus rude et d’éviter tout apitoiement ou misérabilisme. Même si l’histoire est classique, Georgi M. Unkovski parvient ainsi à nous transporter dans un monde d’espoir qui fait du bien.

Un film drôle, sincère et terriblement attachant.

Le film a reçu le prix du public au Festival de Sundance en 2025.

Virginie Hours, reporter pour Color My Geneva – tous droits réservés

Dj Ahmet

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