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La Maison de Bernarda Alba

Pièce de théâtre

 

C’est dans l’Andalousie rurale, religieuse et conservatrice des années trente que nous entraîne, cette fois- ci, le metteur en scène Alexandre Païta avec La Maison de Bernarda Alba de Federico García Lorca. Au plus fort de la chaleur andalouse d’un mois d’été, dans le silence d’un huis clos étouffant, neuf femmes de tous âges se font face, laissant cours à la puissance dévastatrice de leurs désirs frustrés, de leur rage étouffée et de leurs ressentiments, mais surtout de leur soif d’amour et de liberté. Le drame d’une jeunesse brimée, d’une féminité interdite et de plusieurs vies irrémédiablement gâchées se noue entre les quatre murs de La Maison de Bernarda Alba.

Il n’y a que des femmes sur scène, mais il n’y a que des hommes dans les esprits. Face à l’autoritarisme mâle de leur mère, chacune des cinq filles incarne un comportement différent, allant de la soumission passive et frustrante des aînées jusqu’à la rébellion ouverte et passionnée de la cadette Adela dont la modernité embrase l’ordre ancien.

« Pendant les huit ans que durera le deuil, l’air de la rue ne doit pas pénétrer dans cette maison. Dites vous que nous avons muré les portes et les fenêtres. Comme on faisait chez mon père et chez mon grand-père. En attendant, vous pouvez vous mettre à broder vos trousseaux. » (La Maison de Bernarda Alba, 1936, Federico García Lorca).

Comme dans les textes au parfum populaire et passionnel de García Lorca, le théâtre de Païta est un théâtre de feu où la mort omniprésente n’est jamais échec, chute ou humiliation. Ses personnages sont harcelés par une destinée funeste, mais cette Anagkè est déchaînée par leur conviction et leurs choix, même les plus fatals, et non plus uniquement par la volonté despotique des dieux. C’est surtout un théâtre d’espoir et de foi duquel jaillit un Cante jondo, ce chant profond, authentique et poétique, gorgé d’humanité :

« Le théâtre a besoin que les personnages qui apparaissent sur scène portent un costume de poésie découvrant leurs os et leur sang. » (Federico García Lorca, Conversations littéraires, Op. cit., p. 673.)

Avec cette pièce, Alexandre Païta prolonge sa réflexion sur la solitude et l’honneur en exposant à la lumière crue de la langue de Federico García Lorca les antagonismes thématiques qui lui sont chers : oppression sociale et révolte, tradition et modernité, autorité et liberté, passion et morale.

Nicole Martinez

 

La Maison de Bernarda Alba

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Théâtre des Grottes
Théâtre
Grottes
Rue Louis Favre 43
1201 Genève
Suisse
Du 18/12/2019 au 22/12/2019