Christ est hollandais, Lluis espagnol. Ils se sont rencontrés il y a 10 ans lors de leurs études en Grande-Bretagne et une forte amitié s’est nouée. Ils décident de marquer cette date par une randonnée de 600 kilomètres à travers les Highlands : la West Highland Way et le Cape Wrath Trail. Mais ce qui devait être un moment de complicité est malmené par les intempéries, les attentes différentes et les silences…
De Bart Schrijver
Avec Bart Harder et Carles Pulido
Sortie : 19 août 2026
Un retour aux sources
En cet été de canicule, passer près de 2 heures à regarder des forêts luxuriantes, la pluie et les embruns fait du bien. Enfin de grands espaces, le retour à une nature préservée et humide, bienvenus dans les Highlands ! Cette randonnée de 600 km sur la West Highland Way et le Cape Wrath Trail en Ecosse est mythique. Si la première partie est bien balisée et sans difficulté majeure, la deuxième demande plus d’autonomie et de pratiques. Beaucoup renoncent en cours de route.
Le réalisateur Bart Schrijver a lui-même arpenté une première fois ces contrées hostiles et magnifiques avant d’y emmener toute son équipe. Adepte de la randonnée, il traverse en 2018 la Nouvelle-Zélande (3 000 kilomètres) à pied avec un ami. En 2019, il marche sur 700 kilomètres, du Cap Nord jusqu’en Finlande, expérience dont il s’inspirera pour réaliser son premier film, « Human Nature » en 2022. Enfin en 2024, il s’attaque à la West Highland Way et au Cape Wrath Trail en Ecosse mais doit abandonner peu avant d’atteindre le cap. Ces expériences lui ont donné une profonde passion pour les grands espaces, l’effort, le silence et ce sentiment de vivre différement, plus en adéquation avec soi-même, pendant quelques semaines. Avec le risque du retour…
C’est d’ailleurs ce qui fait la force du film. Toute l’équipe (les deux acteurs, le preneur de son, le cadreur, un documentariste et le réalisateur) ont vécu ensemble les particularités du trajet. La difficulté de la marche, la fatigue, le froid et cette sensation d’humidité glaçante transpirent à travers les images du film. Mais l’équipe a aussi vécu la magie de ces grands espaces et nous invitent à une immersion dans une nature plus grande que nous…
La pudeur des hommes
Chris et Lluis ont vécu des moments forts il y a 10 ans. Leurs parents respectifs se connaissent, ils ne se sont pas complétement perdus de vue mais les liens se sont distendus… Alors, cette amitié existe-t-elle toujours ou fait-elle partie d’un passé qu’on aime à flatter ? Comment l’inscrire dans son futur ? Assez rapidement, le spectateur comprend que les deux hommes ont des souvenirs différents, des envies différentes. Cette marche exigeante va servir de catalyseur. C’est Chris qui peu à peu lâche ses préoccupations et entre le plus en osmose avec la nature qui l’entoure. Il se pâme en reconnaissant le cri d’un Grand Tétras, demande à pouvoir contempler un paysage magnifique. Il réclame de vivre à un autre rythme, un droit à la lenteur qui est plus en adéquation avec son propre rythme intérieur. Au contraire, Lluis devient fébrile, anxieux, sans lâcher prise. Lui qui était le leader, se fait challenger. Mais au lieu de parler et de partager, il reste mutique… comme un appel à l’aide. Différents cris traversent le film et percent le silence. La jeune femme crie sa rage de vivre, Chris son angoisse face à une vie trop cadrée, Lluis sa peur et ses doutes. Chacune de ces scènes est très forte et nous questionne : serait-ce mon cri ?
Certains spectateurs pourront se lasser d’un rythme lent et contemplatif mais là réside justement l’attrait du film. Comme l’a démontré le succès de l’œuvre de Vincent Munier « Le chant des forêts », nous aspirons à un retour à la nature et aux grands espaces.
Ce film mérite d’être vu sur grand écran pour un moment de lâcher prise.
Virginie Hours, reporter pour Color My Geneva, tous droits réservés




