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« A tombeaux ouverts » au cinéma, la leçon de vie du pilote automobile valaisan Roger Rey. Rencontre avec le réalisateur Gaël Métroz.

Fasciné par tant d’humanité et de volonté, le réalisateur originaire de Liddes Gaël Métroz s’est attaché au personnage de Roger Rey, ce valaisan pilote automobile aux 990 courses officielles, et l’a suivi pendant près de 8 ans.

Comment rester jeune le plus longtemps possible ? En cultivant l’envie et les passions…  C’est la leçon de vie que nous dispense le pilote automobile Roger Rey. A 84 ans, il reste étonnamment actif et dans la course. A la demande de son épouse Marilou et avec l’aide de Jean-Michel, un autre roublard et mécanicien de son âge, il décide d’enfiler de nouveau sa tenue et ses lunettes de pilote…et de retourner à la compétition. L’objectif final ? la célèbre Course de Côte Internationale Saint-Ursanne – Les Rangiers qui a lieu chaque année dans le Jura.

« A tombeaux ouverts » de Gaël Métroz

Date de sortie : 30 septembre 2026

Critique

« Il faut 3 choses essentielles pour gagner une course : une bonne voiture, l’esprit libre et de bons pneus » avait coutume de dire celui qui a couru aux côtés de Niki Lauda, Alain Prost, Jo Siffert, Graham Hill ou encore Stirling Moss. Ainsi, c’est un documentaire à tiroir que Gaël Métroz nous offre avec « A tombeaux ouverts » et une belle leçon de courage et de ténacité. 

Une bonne voiture

« A tombeaux ouverts » est une histoire de passion et d’amitié. Avec son voisin Jean-Michel, veuf et solitaire, Roger se lance dans l’entretien de sa voiture de course dans l’idée de concourir de nouveau. Peu à peu et devant la caméra, les deux octogénaires renouent avec la joie et l’entrain à coup de tour de clé à molette et de freins qui lâchent. Car Roger Rey est un homme fédérateur qui aime la famille et les amis, bon vivant et joueur d’accordéon. De retour sur les pistes, il est accueilli comme un champion mais surtout comme un ami que chacun a plaisir à revoir. La voiture est finalement un prétexte pour renouer avec une autre famille, celle des passionnés de circuit…

L’esprit libre

« Derrière chaque grand homme, se cache une femme » a-t-on coutume de dire. En l’occurrence, derrière Roger Rey, il y avait son épouse Marilou. Ce documentaire est particulièrement touchant. Roger Rey reconnait que ses réussites sont dues à sa femme qui gérait le quotidien et lui permettait d’avoir l’esprit libre pour gagner ses courses. C’est elle qui l’encourage à poursuivre ses rêves et à s’inscrire pour de nouvelles courses à 84 ans, comme pour lutter contre le chagrin et le préparer à leur séparation. D’elle, on ne voit que les photographies, mais sa présence imprègne le film.

De bons pneus

Le documentaire nous offre aussi une belle rétrospective de l’histoire de la course automobile à travers la carrière de Roger Rey. Ainsi pour ses 90 ans, ses amis lui offrent un voyage à Monza, afin d’assister au Grand Prix d’Italie de Formule 1. Gaël Métroz l’y conduit dans sa petite auto, occasion de partager des souvenirs toujours aussi vivaces. Ensuite, ce sera l’objectif final. participer à la célèbre Course de Côte Internationale Saint-Ursanne – Les Rangiers, qui a lieu chaque année le 3ème dimanche du mois d’août. 200 concurrents sont attendus dont une soixantaine de participants au Championnat d’Europe de la Montagne. 

Cette course est particulièrement appréciée, pour son parcours très rapide et très technique. Bien que ce soit la course la plus rapide du Championnat d’Europe de la Montagne et qu’il en connaisse très bien les dangers, Roger Rey décide d’y participer. La caméra embarquée dans son bolide nous fait vivre ses sensations et comprendre toute la dextérité dont il est encore capable à 84 ans. Chapeau bas !

Rencontre avec Gaël Métroz, le réalisateur

©PRISM photo studio

Fasciné par tant d’humanité et de volonté, le réalisateur originaire de Liddes Gaël Métroz s’est attaché au personnage de Roger Rey, ce valaisan pilote automobile aux 990 courses officielles, et l’a suivi pendant près de 8 ans. Interview.

Quand vous étiez plus jeune ou petit garçon, quel rapport aviez-vous avec les voitures en particulier et les courses automobiles en général ? Attrait, indifférence, autres ?

Enfant, j’avais peu d’intérêt pour les voitures. En 2018, quand j’ai rencontré Roger au début du tournage, je n’avais d’ailleurs toujours pas de voiture à moi. Mais c’est l’univers de ces vieux fourneaux qui m’a fasciné. Des retraités bricoleurs et rêveurs qui avaient donc tout à m’apprendre.

Pourquoi avoir choisi de suivre particulièrement Roger Rey ? N’y avait-il pas d’autres figures suisses sportives ?

Je n’ai pas réellement choisi Roger Rey, il s’est imposé à moi. On m’a dit qu’une ancienne gloire du sport automobile – qui avait couru avec Prost et Lauda – prenait une dernière licence de pilote à 84 ans. Alors j’ai voulu voir de quoi il en retournait. Puis tout a été très vite : à l’âge où généralement plus rien ne se passe, Roger a vu sa vie complètement chamboulée. Les événements, les obstacles et aussi les quêtes se sont accumulés et je n’avais qu’à être là, à filmer, témoin de cette histoire incroyable dont on ignorait tous la fin.

Dans ce documentaire, vous proposez un regard oscillant entre Roger Rey et sa passion pour le milieu automobile et ses passionnés. Qu’est-ce qui vous fascine le plus ?

Toute sa vie, Roger a tenté de concilier sa vie de famille et le monde automobile. Avec son fils Alain, ils ont écumé les circuits d’Europe. Puis Alain est mort d’un accident de voiture et Roger s’est occupé de son épouse Marylou. Dans ce film, le milieu automobile est un des univers dans lesquels se déroule une histoire qui ne parle pas directement d’automobile, mais bien plus d’amitié, de promesse aux chevets des mourants, de chant du cygne et de cette folle pulsion de vie qui anime encore mes protagonistes à plus de 80 ans. C’est finalement plus un « petit traité sur la vie et la mort » qu’une histoire automobile.

Quel objectif aviez-vous en commençant à suivre Roger Rey ? Est-ce que cet objectif a évolué au cours des 8 années de tournage ?

Au début, j’étais curieux de voir ce que Roger et ses amis retraités allaient faire aux côtés des jeunes coureurs et de leurs moteurs flambant neufs. Après toutes les frasques du début, qui tournaient plutôt sur la comédie, j’ai découvert que c’est Marylou, l’épouse de Roger, qui avait demandé à Roger de prendre une dernière licence à 84 ans. 

Alors que Roger reprenait goût à la vitesse, Marylou a soudain été hospitalisée et nous a quittés. Roger a réalisé trop tard pourquoi elle voulait tant qu’il reprenne les courses. Elle voulait qu’il retrouve ses amis et sa passion pour ne pas être trop seul après son départ. D’ailleurs, Roger répète toujours que, sur son lit de mort, Marylou lui a demandé de faire une grande course européenne en son honneur. De la comédie, le film a soudain pris des chemins beaucoup plus secrets, à la fois plus intimes, plus forts et plus universels.

Qu’est-ce qui vous fascine le plus en lui ?

Sur 8 ans, le film a donc traversé plusieurs drames, et tant de merveilles. Au fil des ans, je restais collé à Roger pour découvrir comment il parvenait encore à faire face à tout cela. Systématiquement, il dépassait le drame par l’action et fonçait « à tombeaux ouverts » dans ce gigantesque chant du cygne. Au fil des années, il n’était d’ailleurs plus un simple protagoniste. J’allais lui faire à manger après le décès de Marylou. Je lui laissais des tupperwares dans le frigo, le véhiculait et l’accompagnait de mon mieux dans ce deuil. 

Quelle leçon/image souhaiteriez-vous que l’on garde de lui ?

Pour moi, voir une telle pulsion de vie, à 84 ans, m’emplit d’espoir. Mais ce parcours incroyable n’aurait jamais été possible si Roger n’avait pas tant soigné son entourage. La tendresse, l’amitié et l’amour, c’est son élixir de jouvence. 

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