La surface du Léman s’étire en larges aplats, la ligne d’horizon se dissout, les Alpes se devinent plus qu’elles ne s’imposent. Rien ne bouge, et pourtant tout vibre.
Cette évidence tient à une biographie. Née d’une famille franco-suisse, Gaëlle Mot grandit sur le port du Bélon, en Bretagne. La mer est son premier sujet. Le Léman viendra plus tard, comme une transposition. Même lumière changeante, même silence, mais une eau close, retenue, presque intérieure.
Sa formation est classique et exigeante. Plus d’une décennie à l’Atelier du Passage à Paris, auprès de Georges Faget-Bénard, Jean Arcelin, Thierry Lefort et Stéphane Ruais, peintre officiel de la Marine. De cet apprentissage elle garde le métier, la construction, le respect de la matière, mais elle l’oriente vers autre chose. Ses références revendiquées le disent bien. Marquet pour la simplicité des masses, Turner pour la lumière qui dévore la forme, Hopper pour le silence des lieux, Hodler et Vallotton pour ce que le Léman a déjà inspiré de plus juste.
Car c’est là que se joue la singularité de son travail. Elle ne cherche ni l’anecdote ni le pittoresque lacustre. « Peindre est un acte de contemplation », dit-elle, et l’on comprend que le sujet réel de ses toiles n’est ni l’eau ni le ciel, mais le temps suspendu entre les deux. Une peinture à l’huile qui tient à la fois du réalisme et de l’onirisme, entre fluidité et tension poétique.
Depuis 2021, son atelier galerie occupe la rue Roi Victor-Amé, au cœur du quartier des artisans carougeois. Elle y travaille, y expose, et y enseigne la peinture à l’huile à des élèves qu’elle retrouve chaque semaine, une transmission qu’elle prolonge par des stages organisés entre la France et la Suisse. Mais l’atelier n’est qu’une base. L’essentiel se joue dehors, chevalet de campagne planté face au lac, à guetter ce que la lumière fait de l’eau à cette heure-là et pas à une autre. À cette pratique s’ajoute la gravure, aquatinte et photogravure, menée à l’Atelier Genevois de Gravure contemporaine, qui installe dans son œuvre un dialogue constant entre noir et couleur, entre photographie et peinture.
Son parcours d’expositions accompagne cette double appartenance. La Bretagne (St-Briac, St-Lunaire), Genève (Manoir de Cologny, Chantier Naval de Corsier, Galerie du Clin d’œil), Marseille, et cette année Engadine intime. On lui doit aussi Au fil de l’eau, Haïkus genevois (éditions A3, 2024), Contemplations Genevoises, et la couverture de l’édition brésilienne de L’énigme de la chambre 622 de Joël Dicker. Rien que cela !
En juin dernier, lors de la cinquième édition du Festival du LÀC, dont elle est la peintre officielle, Gaëlle Mot a présenté son nouveau livre d’art, Fenêtre sur le Léman. Le titre dit tout, et le lieu ne devait rien au hasard. Un Festival du livre face au lac, une peintre qui en fait sa matière depuis des années. Pour elle, le Léman n’est pas un paysage mais « une présence, silencieuse et lumineuse ».
C’est exactement ce que l’on emporte en sortant de son atelier. Non pas simplement l’image du lac, mais sa lumière.

À lire
Fenêtre sur le Léman, Gaëlle Mot, 104 pages, 20 × 25 cm, 40 francs. En vente sur son site et à l’atelier.
Atelier Gaëlle Mot
8 rue Roi Victor-Amé, 1227 Carouge. Visites sur rendez-vous.
Instagram @gaelle.mot – www.gaellemot.com
Sandrine Bourgeois, journaliste pour Color my Geneva (tous droits réservés)



