Culture, Loisirs

Avec le film “Bob Marley : one love”, le reggae est éternel

Le réalisateur américain Reinaldo Marcus Green nous propose un biopic à la gloire du reggae, une musique qui dépasse son créateur, Bob Marley.

1976. La Jamaïque sombre dans le chaos. Le chanteur et musicien Bob Marley (Kingsley Ben-Adir) et son groupe les Wailers refusent de prendre parti et préfèrent prôner la conciliation et le respect conformément aux principes de leur foi rasta. Ils sont invités à jouer lors d’un concert pour la paix mais des tueurs tentent de les assassiner. Bob Marley décide alors de s’exiler avec sa famille…

“Bob Marley : one love” de Reinaldo Marcus Green

Avec Kingsley Ben-Adir, James Norton, Lashana Lynch

Date de sortie : 14 Février 2024

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Beaucoup de monde autour du berceau…

C’était sans doute le biopic qui manquait au cinéma après les récents Bohemian Rhapsody (Freddy Mercuy) en 2018, Rocketman (Elton John) en 2019 et Elvis (Elvis Presley) en 2022. Martin Scorsese et Oliver Stone eux-mêmes avaient évoqué le projet un temps avant d’abandonner. Il est vrai qu’un documentaire intitulé simplement Marley et produit en 2012 avait reçu un franc succès, considéré par beaucoup comme particulièrement complet et fidèle. C’est donc le réalisateur américain Reinaldo Marcus Green qui ose s’attaquer au mythe. Cet habitué du genre biographique s’est fait plus récemment connaître par son film King Richard retraçant l’histoire des sœurs Williams et de leur père. Par soucis de réalisme ou de consensus, il s’est assuré le soutien de Rita Marley l’épouse de Bob Marley et de 2 de ses 11 enfants, Ziggy et Cedella comme producteurs en lien avec Brad Pitt et Richard Hewitt. Ziggy Marley aurait d’ailleurs soutenu le choix de l’acteur Kingsley Ben-Adir pour jouer son père. Le parti pris est donc d’être le plus réaliste possible et le pari est largement gagné avec un panel d’acteurs attachants et convaincants.

Le film est par ailleurs intéressant sur deux points particuliers.

En décidant de se concentrer sur 3 années de la vie de Bob Marley, Reinaldo Marcus Green  met l’accent sur la situation politique particulièrement violente de la Jamaïque à cette époque, soulignant ainsi l’importance du message de paix de ses chansons. Ce n’est donc pas un hasard si le film commence et se termine par un concert emblématique dans son pays natal : en 1976, il s’agissait du concert Smile Jamaica, joué peu de temps après la tentative d’assassinat contre lui motivant son départ en Grande-Bretagne et en 1978 du One Peace Concert réunissant les deux partis politiques ennemis. Comme pour souligner la fin d’une boucle…

Il insiste aussi sur les particularités du mouvement rastafari, rappelant sa composante religieuse avec une lecture dite éthiopianiste de la Bible. Le dernier empereur d’Ethiopie Hailé Sélassié 1er s’est d’ailleurs rendu en Jamaïque en 1966, année de la conversion de Bob Marley au mouvement rasta, d’où une allégorie sur la paternité tout au long de l’histoire… Le film fait donc sans cesse allusion à ces deux pans importants de la vie de Bob Marley comme source d’inspiration spirituelle et musicale. Nous assistons ainsi à la genèse de l’album “Exodus”, motivé à la fois par des textes bibliques et la musique du film éponyme d’Otto Preminger …

Le film sait éviter les écueils d’une oeuvre trop à la gloire du grand Bob. Kingsley Ben-Adir a le charisme nécessaire pour nous faire croire à son personnage sans le rendre trop lisse y compris durant les scènes de répétition. Et on se replonge dans une époque où les rastas apparaissaient comme des ovnis… La musique est omniprésente mais sans être pesante. Au contraire, on la redécouvre avec encore plus de plaisir.

Reste une question : est-ce que la nouvelle génération va continuer à s’inspirer de cette musique et de son message parfois caricaturé « peace, love et marijuana » ? Qu’est-ce que Bob Marley représente pour eux en 2024 ? Le succès du documentaire Inna de Yard de 2019 sur d’autres vétérans de la musique reggae de Jamaïque le laisse à penser. Car au-delà de Bob Marley, le reggae est une musique immortelle.

Virginie Hours, reporter pour Color my Geneva – tous droits réservés

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