Culture

Immersion dans les séries artistiques de Corinne Giroud-Sartori

À l’occasion de sa participation à la 10e Biennale des artistes de Kugler, Corinne Giroud-Sartori nous ouvre les portes de son univers et de sa pratique artistique.


Artiste peintre à l’univers multiple, Corinne Giroud-Sartori explore la création à travers de nombreuses séries, parmi lesquelles ArtsX2, CoLORS’, PresS’, Dilution, Graphyk ou encore Feelings. Autant de projets qui témoignent d’une pratique artistique en constante évolution.

Au fil des années, elle a présenté son travail dans différentes expositions, de Genève à Londres, en passant notamment par Divonne. Plus récemment, les séries ArtsX2 et CoLORS’ ont été exposées à OTIUM en 2025.

En novembre prochain, une nouvelle étape viendra enrichir son parcours puisqu’elle participera, en tant qu’artiste invitée, à la 10e Biennale des artistes de Kugler. Une belle occasion pour revenir avec elle sur sa démarche, son univers artistique et son rapport à la création. Nous avons eu l’occasion de lui poser quelques questions.

Vous semblez aborder différentes techniques pour exprimer votre art. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je crois surtout que je suis incapable de rester longtemps dans une seule case ! C’est probablement aussi ce qui me définit le mieux. Je suis venue à la peinture un peu par hasard, alors que mon métier est à des années-lumière des pinceaux et des toiles puisque je suis professeur de Sciences. Et depuis, je me suis laissée embarquer. Je travaille surtout la peinture, mais aussi le dessin, avec des approches très différentes selon les séries. J’aime les lignes, les courbes, les jeux géométriques, les superpositions, les contrastes, les dilutions, les accumulations de matière et, surtout, les mélanges inattendus. Certaines séries sont très construites, presque graphiques, d’autres beaucoup plus instinctives. « Voyages intérieurs » est par exemple une série de dessins autour de villes et de lieux qui me font voyager, alors que « Traits pour traits » explore essentiellement le langage de la ligne. « Confinement » est également née sous une forme graphique particulière. Je n’ai pas envie de choisir entre abstraction, graphisme, couleur ou émotion. J’aime justement passer de l’un à l’autre. Pour moi, une technique est un moyen, jamais une fin.

Comment décrire votre univers artistique à quelqu’un qui découvre votre travail pour la première fois ?

Je dirais : Bienvenue dans mon joyeux bazar hétéroclite !

Je n’aime pas les frontières trop bien dessinées, ni dans l’art, ni dans la vie. Je peux passer d’une toile très colorée et presque joyeuse à quelque chose de beaucoup plus sombre, puis repartir vers une œuvre complètement décalée. La couleur occupe évidemment une place immense. Elle est pour moi une énergie, une émotion, presque un langage. Je ne cherche pas forcément à représenter le réel. Ce qui m’intéresse davantage, c’est ce que les couleurs, les formes et la matière peuvent provoquer chez celui ou celle qui regarde.

C’est exactement ce que je recherche dans l’art : quelque chose qui s’adresse d’abord aux sens. Mes toiles ne sont d’ailleurs presque jamais celles que j’avais imaginées au départ. Je commence avec une idée, puis la toile m’emmène ailleurs. Je laisse beaucoup de place à l’improvisation. Et puis j’aime que l’on puisse sourire devant une œuvre. « Ô’Tocs », par exemple, rassemble des personnages et des figures complètement décalés, tandis que « PicaCo » mélange des univers et des personnalités très différentes.

Quelle place occupent vos émotions, vos expériences personnelles et ce qui vous entoure dans votre processus de création ?

Certaines séries sont très clairement liées à des périodes ou à des états intérieurs. « Voyages intérieurs »parle évidemment de voyage mental. Feelings s’intéresse aux émotions, avec des œuvres comme « Dualité, Fascination, Hallucination ou Morosité ». « Confinement » est né d’un contexte collectif très particulier, qui nous a tous obligés à nous retrouver face à nous-mêmes.

Mais je ne cherche pas forcément à raconter ma vie sur une toile. Je préfère transformer ce que je ressens en quelque chose de visuel, et ensuite laisser chacun y projeter sa propre histoire.

Certaines de vos séries portent des titres très évocateurs, comme Voyages intérieurs, Feelings, Confinement ou anti-spécisme. Une manière d’exorciser vos douleurs ou de mettre en lumière vos désaccords ?

Peindre peut effectivement être une manière d’exorciser certaines choses. Quand quelque chose me traverse, plutôt que de le garder à l’intérieur, j’ai tendance à vouloir le transformer. La peinture me permet de faire passer une émotion de l’intérieur vers l’extérieur. Mais je ne suis pas une artiste qui veut uniquement « dénoncer ». Je préfère questionner, provoquer une réaction, ouvrir une porte. Avec « PresS’ », certains titres comme Prohibition, Freedom, Shut up ou Dove killed portent une dimension beaucoup plus engagée. Et puis il y a tout le reste : l’amour, la féminité, le désir, les contradictions, la liberté, la joie, la mélancolie… Je crois que l’être humain est un immense mélange de tout ça. Pourquoi ma peinture serait-elle différente ?

Qu’est-ce qui a changé depuis vos débuts artistiques, et qu’est-ce qui, au contraire, est toujours resté présent ?

Au début, je cherchais peut-être davantage à savoir si je « savais peindre ». Aujourd’hui, cette question ne m’intéresse plus vraiment. Je peins. Point. J’ai appris à faire confiance à mon intuition, à accepter qu’une toile puisse prendre une direction complètement différente de celle que j’avais prévue. C’est même souvent là que les choses deviennent intéressantes. Ce qui n’a pas changé, c’est le plaisir. Le plaisir de me retrouver seule face à une toile, mes tubes, mes pinceaux, mes idées…

Aujourd’hui, qu’avez-vous envie de provoquer chez la personne qui regarde l’une de vos œuvres ?

Une émotion. Avant tout. Un sourire, une interrogation, un souvenir, une envie, un malaise parfois, un apaisement… Si une toile réussit à provoquer quelque chose, elle a déjà commencé à vivre. J’aime beaucoup l’idée qu’une œuvre ne m’appartienne plus complètement une fois qu’elle est regardée. Chacun arrive avec son histoire, ses couleurs à lui, ses blessures, ses souvenirs. La même toile peut raconter quelque chose de complètement différent à deux personnes.

Quelles sont les prochains sujets que vous allez aborder et de quelle manière ?

Une série Street-Art et une série plus en relief.

Actuellement, je prépare une œuvre pour la 10ème biennale des artistes de Kugler où j’ai été invitée en tant qu’artiste. Nous avions droit à une œuvre sur le thème de la transparence et là encore, je suis en train de tester une technique que je n’avais pas fait auparavant.

Les réseaux sociaux de Corinne :

Instagram : @co4.art

Site internet : corinne-giroud-sartori.com

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Morgane F. – reporter pour Color My Geneva – tous droits réservés

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