

« A bras-le-corps » de Marie-Elsa Sgualdo
Avec Lila Gueneau, Grégoire Colin, Cyril Metzger
Sortie : 11 février 2026
*****
« Saisir à bras-le-corps », signifie affronter une difficulté ou un adversaire. C’est ce qu’a fait la réalisatrice neuchâteloise Marie-Elsa Sgualdo en affrontant son sujet pendant 7 années pleines, remplies de recherches, d’archives historiques et de témoignages. Pour elle, il s’agissait à travers le rôle d’Emma de rendre hommages à la petite histoire dans la grande, aux destins faussement ordinaires.
On pense au récent “Frieda’s fall” qui dénonçait la double peine de ces jeunes filles soumises à la violence et la lâcheté de la société. Mais là où Frieda abandonnait le combat, certaine de ne pas être entendue, Emma décide de bousculer les barrières. 40 ans ont passé entre ces deux histoires, les femmes ont commencé à prendre conscience de leurs droits et de leur capacité. Lila Gueneau incarne parfaitement cette volonté nouvelle.
La Suisse ne sort pas grandie de ce film. L’histoire se passe à la frontière avec la France en pleine seconde guerre mondiale. La réalisatrice dénonce une passivité, voire une lâcheté qui se cache derrière le principe de neutralité. Neutralité pendant la guerre face aux allemands et aux persécutions des juifs, neutralité face aux injustices sociales et personnelles. Le film n’en est pas triste pour autant : il est à l’image de la dernière scène, un hymne à la joie et la sororité.
Le film a obtenu 7 citations pour le prix du cinéma suisse 2026 dont celui du meilleur film de fonction, meilleur scénario et meilleur second rôle (Cyril Metzger).
*****
Interview de Marie-Elsa Sgualdo
1/ Le film se passe dans le Jura, vous-même êtes neuchâteloise. Quelle a été votre source d’inspiration ?
Un projet, c’est toujours une mosaïque qui se compose de multiples influences. J’ai été nourrie de lectures, de rencontres, de témoignages aussi. Mes premiers projets évoquaient déjà la question de l’indépendance, de son coût, du moment de bascule et de prises de décisions dans une vie. J’ai aussi beaucoup revisité et réfléchi à l’histoire de ma lignée maternelle. C’était le point de départ pour comprendre comment, dans une société patriarcale qui impose la soumission, les individus créent des interstices pour se ménager une place, une vie. A travers une manière d’être au monde, discrète, obstinée et souvent marquée par les non-dits et le secret.
2/ Est-ce que l’histoire d’Emma résonne dans votre histoire familiale ou aviez-vous déjà entendu des histoires similaires dans la Région ?
Nous sommes parties de nos ressentis et nous nous sommes intéressées à de nombreux récits de femmes, dont ceux de ma lignée maternelle, qui avaient en commun leurs questionnements et leurs luttes et qui étaient ceux de la majorité des femmes de plusieurs générations, qui ont transmis, souvent de façon inconsciente, des manières d’être au monde à leurs descendant·e·s, ainsi que des questions qui perdurent aujourd’hui.
3/Quels sont les motifs qui vous ont poussé à filmer cette histoire ?
J’avais envie de rendre visible un quotidien trop longtemps invisibilisé, afin que l’on puisse se poser la question de ce que l’on fait — ou ne fait pas — compte tenu des circonstances et de ce que l’on sait de ce qui se passe autour de nous
4/Avez-vous dû vous-même faire des choix pour devenir réalisatrice ?
Oui, réaliser un premier long métrage est un défi. En revanche, contrairement à mon héroïne, j’ai la chance d’avoir plus d’opportunités, d’être plus soutenue et entourée.
5/Une bande dessinée intitulée “Le siècle d’Emma, une famille suisse dans les turbulences du XXème siècle » été publiée il y a quelques années. Le choix du prénom Emma est-il un clin d’oeil à cette histoire d’émancipation féminine ?
Emma est un nom très commun au début du siècle, je cherchais un prénom ordinaire, qui puisse être protestant et il me faisait penser à celui de ma grand-mère. Je l’ai gardé.
6/ Pourquoi avoir choisi Lila Gueneau pour incarner le rôle ?
Quand j’ai rencontré Lila j’ai tout de suite su que je voulais travailler avec elle, elle incarnait l’authenticité et la force d’Emma, son visage avait une palette de mille émotions et ça a été le coup de coeur. Elle est extraordinaire dans le film et dans la vie.
7/Que souhaitez-vous aux jeunes filles d’aujourd’hui ?
Une vie choisie, respectée et libre.
Virginie Hours, reporter pour Color My Geneva – tous droits réservés



