Depuis son adolescence, Mai (Kyōko Saitō) rêve d’être une idole, ces chanteuses de pop au look acidulé qui sont incontournables au Japon. Engagée dans le groupe Happy Fanfare avec quatre autres jeunes filles, elle se plie aux exigences de l’équipe et du manager mais étouffe de plus en plus. Alors lorsqu’elle retrouve son ami d’enfance Kei, (Yuki Kura) elle décide de suivre ses sentiments… et doit faire face aux conséquences financières et juridiques de son acte. Car une idole doit se consacrer à ses fans et ne peut pas avoir de relation amoureuse.
Love on trial de Koju Fukada
Avec Kyoko Saito, Yuki Kura, Erika Karata, Yuuna Nakamura, Miyu Ogawa…
Date de sortie : 10 juin 2026
Etre une idole… ou pas
Bienvenu dans le monde particulier des idoles, ces jeunes filles (ou garçons) qui dansent et chantent en groupe des chansons pop ! Dans les années 70, seuls les plus connus (et surtout les garçons) étaient qualifiés d’idole. Peu à peu, le concept s’est élargi et s’est appliqué également à des groupes plus modestes qui se produisent dans des salles plus petites. Présents surtout en Chine, Corée et Japon, ce sont de véritables phénomènes de société qui brassent beaucoup d’argent. Les plus connus sont les groupes BTS (pour les garçons) ou Blackpink (pour les filles) celui-ci ayant fait l’objet d’un documentaire très intéressant sur Netflix “Blackpik : light up the sky” en 2020. Si le girls-band coréen composé de Lisa, Jennie, Rose et Jisoo remplit des stades, les artistes du groupe Happy Fanfare sont loin du compte et se contentent de gymnases et de salles moyennes. En contrepartie, il est plus facile pour leurs fans de les rencontrer personnellement à la fin du concert, leur parler et leur serrer la main… et s’imaginer une relation particulière avec leur préférée !
Le premier mérite de ce film est de dévoiler la face cachée et peu reluisante de cet univers. Et c’est bien la spécialité du réalisateur japonais Koju Fukada. A travers ses films (Love Life, Au-revoir l’été), il aime dénoncer les faux-semblants et hypocrisies de la société. Cette fois-ci, il utilise le thème de la pop et du monde des idoles pour dénoncer aussi un système hyper sexualisé et patriarcal qui maintient les femmes dans un rôle d’adolescentes ingénues et attractives pour une catégorie de la population masculine. La plupart des fans du groupe sont des hommes qui les idéalisent et dépensent beaucoup d’argent pour elles. Il s’agit d’entretenir constamment le lien avec eux via les réseaux sociaux et les évènements. Le choix de la chanteuse phare ne dépendra pas de son talent mais de sa notoriété. L’image prime. Le groupe de Mai est un groupe de seconde zone. Sans cesse, on leur répète qu’elles ne sont pas assez bonnes, doivent s’améliorer. Elles sont sous pression sans avoir leur mot à dire entre concerts, répétition avec le chorégraphe, choix de la musique avec le manager ou des costumes, temps de repos et rencontres avec les fans. Pourtant, elles en ont rêvé et feraient n’importe quoi pour réussir à l’image de Nanaka qui sacrifiera son fiancé pour sa gloire.
L’actrice principale Kyōko Saitō (qui joue Mai) est elle-même une ancienne idole et membre du groupe Hinatazaka46 de 2016 à 2024. Le personnage de Saya Yabuki (Erika Karata) ressemble à la chanteuse Rosé de Blackpink qui joue de la guitare et rêve d’entamer une carrière solo… Une autre manière d’être libre et de jouer avec les lignes.
Le prix de la gloire
La deuxième partie du film est plus difficile. Kei et Mai doivent faire face aux conséquences de leurs actes. Ils sont attaqués par le manager pour rupture de contrat. Leur quotidien devient de plus en plus difficile et leur amour est mis à rude épreuve. Pour sauver la liberté de Mai, Kei doit peu à peu perdre la sienne, en commençant par vendre son van puis accepter de se produire à des mariages. C’est alors que le film gagne en profondeur et en nuance. Car le combat de Mai ne va plus devenir uniquement le sien mais celui de toute une profession… A moins que ce ne soit un moyen de se venger d’un rêve brisé ?
L’histoire du film est directement inspirée d’un cas précédent : en 2013, un scandale médiatique secoue le Japon lorsqu’un tabloïd révèle la liaison entre la jeune chanteuse Minami Minegishi et le chanteur d’un autre boys band. Membre officielle du groupe de J-pop AKB48, elle était soumise par contrat à l’interdiction formelle d’avoir des liaisons amoureuses ou sexuelles avec qui que ce soit. Une fois rétrogradée, elle finit par faire acte de contrition, face à la caméra et en pleurant à chaudes larmes afin d’être réintégrée dans le groupe…La question du célibat requis dans certaines professions est toujours d’actualité. Il y a quelques années, la compagnie aérienne Qatar Airways était critiquée pour imposer à ses employées d’obtenir “l’autorisation préalable de la compagnie si elles voulaient changer d’état civil ou se marier”.
Dans cette deuxième partie, le film prend de l’épaisseur. Le réalisateur se permet ainsi une réflexion plus large sur la société japonaise dans son ensemble et la difficulté d’être soi.
Un film très intéressant et prenant qui a été projeté au Festival de Cannes.
Virginie Hours, reporter pour Color My Geneva – tous droits réservés




