14 mars 2024

Avec le film « Bolero », naissance d’un mythe

La réalisatrice Anne Fontaine prend prétexte du mythique Boléro pour nous faire re-découvrir Maurice Ravel, compositeur méconnu derrière son œuvre.

1903. Maurice Ravel (Raphaël Personnaz) échoue pour la 5ème fois au concours du prestigieux prix de Rome. Peu importe, son talent de compositeur est déjà reconnu quoiqu’en dise sa mère ! Ainsi le sculpteur polonais Cyprien Godebski (Vincent Perez) et son amie la pianiste Misa Siert  (Doria Tiller) l’encouragent à persévérer. En 1928 alors qu’il est aussi célèbre que Debussy, la danseuse russe Ida Rubinstein (Jeanne Balibar) lui commande la musique de son prochain ballet. Mais l’inspiration lui manque, le temps file, Ida Rubinstein le presse…

Boléro d’Anne Fontaine

Avec Raphaël Personnaz, Doria Tillier, Jeanne Balibar, Emmanuelle Devos, Vincent Perez, Suzanne Clément, Sophie Guillemin

Sortie : 13 mars 2024

****

Qui ne connait pas Maurice Ravel et son Boléro ? Cette œuvre n’a pas pris une ride et comme nous le démontrent facilement les premières minutes du film, se joue sous toutes les latitudes et de toutes les manières. La preuve de sa notoriété se trouve aussi à Paris : le jeudi 7 mars 2024, date du 149eanniversaire de sa naissance à Ciboure au Pays basque, une quatrième plaque a été dévoilée sur un immeuble parisien à l’initiative des Amis de Maurice Ravel : «Il habita le quartier jusqu’en 1896 puis de 1899 à 1901». Alors, que nous apporte ce nouveau film de la réalisatrice Anne Fontaine (Les innocentes, Police, Présidents) ? Il nous rappelle effectivement que derrière l’oeuvre, il y a un homme dont la personnalité est méconnue !

Mais attention : ce n’est pas un nouveau biopic. Si Anne Fontaine, dont le père était professeur de musique, est une profonde admiratrice de Maurice Ravel, elle reconnait que l’histoire qu’elle nous raconte dans son film est une libre adaptation de la biographie du compositeur (Ravel de Marcel Marnat). Personnalité très discrète et secrète, on ne lui connait pas de maîtresse officielle, ni de passions cachées. On assiste donc à une vision personnelle de la vie du grand homme, revue et corrigée par Anne Fontaine. C’est ainsi qu’elle met en avant une amitié amoureuse entre le compositeur et Misia Sert (incarnée par la pétillante Doria Tillier) musicienne, muse et confidente de nombreux artistes de la Belle Epoque à qui il dédia son œuvre « La valse ». Cette relation apporte peu au film, au contraire de l’amitié qui le lie avec la pianiste Marguerite Long (interprétée par une Emmanuelle Devos très juste).  Finalement, l’intérêt est ailleurs. Car le Boléro masquerait toutes ses autres œuvres, reconnus à l’époque et oubliés depuis. Le film est donc loin d’être terminé lorsqu’il arrive enfin à composer cette commande de la danseuse russe Ida Rubinstein (envahissante Jeanne Balibar).

Le mérite principal de Boléro est ainsi de mettre en avant l’œuvre complète du maestro et de nous offrir un éclairage sur ses inspirations et son mode de travail. Anne Fontaine s’attache à rendre accessible les sources sonores de son inspiration comme les chants des oiseaux, le bruit des gants sur la peau, le son des machines industrielles. Elle a sollicité les conseils du pianiste Alexandre Tharaud (qui joue avec malice le venimeux critique musical Pierre Lalo) dont les doigts courent sur les touches du piano à la place de ceux de Raphaël Personnaz…

Raphaël Personnaz incarne parfaitement cet être sensible et plein d’humour, un peu décalé, tout en fragilité physique (il ne pesait qu’une cinquantaine de kilos et n’avait obtenu qu’un poste de conducteur d’ambulance lors de la guerre de 14-18) et en exigence musicale (il composait très lentement avec un fort esprit perfectionniste). Ses yeux reflètent la peur du vide, la rigueur angoissée mais aussi la conscience de sa valeur. Par petite touche, Anne Fontaine alerte également sur la maladie neurodégénérative dont il souffrit dès les années 20. Elle utilise cet élément pour justifier des aller-retours dans l’histoire qui nous perdent parfois. Cette maladie affectant le langage, la motricité et l’écriture, à la fin de sa vie il continue de penser la musique mais est incapable de la retranscrire…

Un film qui nous ouvre d’autres perspectives sur un grand homme.

Virginie Hours, reporter pour Color My Geneva – tous droits réservés

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