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“Un p’tit truc en plus” sur grand écran, ce qui nous manquait au Printemps

Surnommés Paulo et La Fraise, deux malfrats père et fils cambriolent une bijouterie. A quelques mètres de là, Alice, éducatrice spécialisée, organise le départ de ses protégés pour une semaine de vacances à la campagne. Afin d’échapper à la police, Paulo et La Fraise décident de se joindre au groupe, Paulo se faisant passer pour un des vacanciers. A leur grande surprise, ils découvrent que ceux-ci sont des personnes en situation de handicap… Une cohabitation pleine de rebondissements commence.

“Un p’tit truc en plus” de Artus

Avec Artus, Clovis Cornillac, Alice Belaïdi

Date de sortie : 1er mai 2024

 

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Les personnes handicapées deviennent visibles sur grand écran !

En 1996, les acteurs Daniel Auteuil et Pascal Duquenne (un comédien trisomique belge) frappent un grand coup en gagnant ex-aequo le Prix d’interprétation masculine au 49ème Festival pour le film  Le huitième jour de Jaco Van Moreal. Le monde entier est invité à porter un regard nouveau sur les personnes porteuses de handicap, qu’il soit physique ou mental ! Depuis, de nombreux films ont choisi de brosser de belles histoires racontant comment les différences s’atténuent ou deviennent une force dans la complémentarité. Le public découvre, s’attache à ces personnes qu’il voit évoluer dans leur quotidien, rire, s’énerver, pleurer… Être un peu comme tout le monde, finalement. Et le succès est au rendez-vous ! On se souvient d’Intouchables d’Olivier Nakache et Eric Toledano, La famille Bélier d’Eric Lartigaud, Patients de Grands Corps malade ou plus récemment Hors normes d’Olivier Nakache et Eric Toledano (de nouveau) … Voici maintenant Un p’tit truc en plus de l’humoriste français Artus, sur nos écrans depuis le 1er mai, qui réunit en Suisse plus de 17’000 spectateurs en 12 jours d’exploitation et plus de 2 millions en France.

Alors comment expliquer ce petit truc en plus qui provoque un tel engouement ?

Comme d’autres avant lui, Artus s’empare du thème du handicap mais pour le traiter avec humour et bienveillance à la fois. Il nous entraîne, à travers les yeux de Paulo, dans cette colonie de vacances pas si différente des autres. Pour avoir participé plus jeune à un camp d’été avec de tels vacanciers, j’ai retrouvé cette sensation d’être plongée d’un seul coup dans un autre monde, avec d’autres codes… mais avec surtout beaucoup de joie et de fou rire ! Le film montre très bien combien les personnes handicapées sont très souvent cashs, sans filtre, pour le meilleur… et pour le pire (ou le rire). A leur contact, il faut apprendre à relativiser, ne pas se vexer, ou penser que ces réflexions peuvent cacher un énorme fond de vérité qu’il faut être capable d’entendre pour se remettre soi-même en question. Artus est souvent très juste, lui qui avait l’habitude de cotoyer de jeunes autistes et trisomiques dans sa jeunesse. “C’est avec (les personnes handicapées) que je voulais faire un film. Pas sur elles”, a-t-il d’ailleurs déclaré dans une interview. Et cette attention se sent à travers l’écran. Même lorsqu’il essaie de les imiter, il n’est jamais dans la caricature méchante. C’est parce que La Fraise apprend à décrypter Baptiste, le fan de football, en entrant dans ses codes footballistiques et son centre d’intérêt, qu’une relation particulière naît alors entre eux. A leur contact et comme si un vent de liberté nouvelle soufflait, Paulo s’épanouit et ouvre ses ailes. Il s’agit aussi d’une histoire d’émancipation, un fils décidant peu à peu de se détacher de la route fixée par son père et de choisir un autre chemin.

Par petite touche, Artus ose aussi évoquer des sujets plus difficiles mais sans jugement (le désengagement de certains parents) ou même tabou (l’affectivité des personnes handicapées).

Les acteurs sont tous épatants. Arnaud, Ludo, Marie, Baptiste et les autres jouent leur propre rôle et sont désarmants de sincérité et de naturel. Artus est parvenu à créer une cohésion entre eux qui donne ce sentiment de « petite famille » si particulière. Bravo, quand on sait combien ces acteurs peuvent se révéler imprévisibles.

Le film est également un hommage à « ceux qui les accompagnent », à savoir les éducateurs. Les personnages d’Alice (épatante Alice Belaïdi), Marc et Céline sont touchants dans leur maladresse et leur envie de bien-faire. « On n’est pas là pour se faire de l’argent » lance La Fraise, qui se fait passer pour un éducateur, à Alice. Oui, c’est un métier qui peut être gratifiant… et difficile à la fois !, Artus pointe également le danger pour eux de trop s’impliquer et de ne plus savoir trouver l’équilibre entre  vie personnelle et vie professionnelle à travers les choix d’Alice.

Alors « bien sûr », le film n’évite pas une fin sans suspens et les grandes émotions. Mais en cette période troublée où les tensions sociales s’exacerbent, il est vivifiant de regarder ce film rempli d’humanité, de joie et à la bande-son très engageante !

Et n’oublions pas que du 15 mai au 15 juin 2024, ce sont les Journées nationales d’action pour les droits des personnes handicapées. Pendant un mois, des actions ont lieu en Suisse pour contribuer à la mise en œuvre de la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées (https://avenir-inclusif.ch).

Alors, n’hésitez pas !

 

Virginie Hours, reporter pour Color my Geneva – tous droits réservés

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