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Rencontre avec l’illustratrice et autrice genevoise Sarah Najjar

Fresques urbaines, vitrines d’arcades, bande dessinée ou encore expositions, Sarah Najjar est une illustratrice et autrice genevoise qui rayonne à travers son art aux 4 coins de la ville ! 

Née en 1986 à Genève, Sarah Najjar a grandi avec une passion pour la bande dessinée. Après des études en lettres et en socioéconomie à l’université de Genève, elle évolue dans l’enseignement, la diplomatie publique et la communication avant de se lancer en 2017 comme illustratrice indépendante. Entre expositions, fresques, créations textiles et vidéo animées, ses projets et mandats sont variés et explorent différentes formes d’expressions artistiques avec curiosité et liberté. Elle publie trois romans graphiques qu’elle écrit et illustre : Confessions confinées (2020), Un souffle à l’aube (2023) et Prendre corps (2025) aux éditions Slatkine. 

Nous lui avons posé quelques questions au sujet de sa carrière, son art et ses projets.

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Comment devient-on illustratrice indépendante après des études en communication lettres et en socioéconomie ?

Je dessine depuis toute petite, mais il m’a fallu du temps pour oser franchir ce cap de l’indépendance. C’est à l’âge de 30 ans, avec des voisins de bureau graphistes, que l’envie de créer s’est manifestée plus sérieusement. Parallèlement à mon emploi fixe, j’ai alors suivi une petite formation en communication visuelle et commencé à dessiner tous les jours. L’ouverture d’un compte instagram a été une motivation pour publier mes dessins et obtenir de premiers feedbacks. Dix ans ont passé depuis, je continue à me former “sur le tas”, avec tous les défis que présentent les logiciels graphiques et le suivi technique d’impression. J’ai bien sûr mes jours de doutes et de croquis ratés, mais aussi énormément de joie à pouvoir donner vie à mon imagination et travailler sur de beaux projets.

Votre univers graphique est reconnaissable tout en restant très libre. Comment décririez-vous votre style ?

C’est difficile d’avoir du recul sur son propre style. Je dirais que j’ai un trait plutôt léger, simple et coloré. L’alternance des techniques est très intéressante à mes yeux; je me plais à mélanger des outils traditionnels et modernes. Enfin, j’aime accorder une grande place à la nature dans mes dessins.

Quelles sont vos principales influences ?

Enfant, je dévorais quotidiennement les grands classiques de le BD: les Schtroumpfs, Boule & Bill, Spirou, Johann & Pirlouit, Tintin, Garfield, Titeuf… Ces personnages ont évidemment inspiré mon style et mon goût pour la BD. A l’âge de 14 ans, j’ai découvert Persepolis de Marjane Satrapi, et ce livre m’a fascinée: enfin une femme autrice de BD, et enfin un personnage féminin fort, drôle et émouvant dans cette histoire. C’est l’un des premiers romans graphiques que j’ai lu; j’ai été très touchée par l’histoire, le traitement graphique et le film d’animation. Plus tard, j’ai découvert le travail de Catherine Meurisse, Aude Picault, Guy Delisle, dont j’aime particulièrement la sensibilité, le trait et la narration. Et Guillaume Long, pour son humour ! Mais il y en a bien sûr énormément d’autres !

Dans votre dernier ouvrage « prendre corps » vous abordez un sujet délicat et intime : celui de la mort. Pouvez-vous nous parler de ce projet et de la démarche personnelle ?

Durant mes études universitaires, j’ai fait un travail de recherche sur le thème du deuil et suivi plusieurs cours portant sur l’histoire de la mort. Le sujet m’a passionnée; j’ai pris conscience que notre rapport à la mort évolue en permanence et qu’aujourd’hui c’est un thème avec lequel nous sommes plutôt mal à l’aise en Suisse. Ayant été personnellement confrontée au décès de plusieurs proches au cours des dernières années, j’ai eu envie d’explorer ce sujet en allant interviewer des personnes qui travaillent au quotidien autour de la mort. Je pense que ça a été une démarche pour m’aider à mieux la comprendre, et par le biais d’une BD colorée, à la rendre plus accessible, peut-être plus acceptable.

Vous avez réalisé de nombreux projets que ce soit pour des fresques urbaines, des vitrines, des affiches, des flyers ou encore des expositions. Quelles sont vos préférences ? Un projet qui vous a particulièrement tenu à cœur ?

Je crois que j’aime la surprise et la diversité des thèmes, techniques et partenaires. Travailler sur des projets porteurs de sens pour le grand public, c’est ce qui compte à mes yeux. Il y a beaucoup de projets qui me tiennent à cœur, mais depuis que j’ai publié des livres sur la mort, on m’a proposé des collaborations avec des cimetières, un hôpital, et une église. Je n’aurais pas imaginé intervenir dans ces contextes, je trouve ça très intéressant.

Quels sont vos projets pour l’année 2026 ?

En mars, j’ai eu le plaisir de collaborer avec la Semaine de l’Égalité en Ville de Genève pour une exposition en plein air des planches de ma BD Prendre corps. En mai, le Musée d’ethnographie de Genève lance sa nouvelle exposition “Le futur, c’est quoi” à laquelle je participe avec l’habillage de plusieurs décors. Cet été, une exposition itinérante sur le thème du pardon est prévue avec des partenaires lausannois. Enfin, plusieurs projets de BD me trottent dans la tête…Il faudrait que je m’y remette !

Retrouvez Sarah Najjar sur son site internet, sur Instagram et sur Linkedin

 Crédit photo : Jordi Ruiz Cirera

Koloina A. – reporter pour Color My Geneva – tous droits réservés

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