28 mars 2024

Avec « Green border » se pose la question des frontières physiques et intimes

Avec « Green border », la réalisatrice Agnieszka Holland questionne la conscience de chacun face à l’hospitalité.

En 2021, une famille syrienne (les parents, les 3 enfants et le grand -père paternel) atterrit à Minsk capital de la Biélorussie, dans l’objectif de passer en Pologne sans visa et de se rendre ensuite en Suède où un de leur parent les attend. Celui-ci a déjà payé les passeurs et le trajet devrait se faire sans peine. Les rejoigne une afghane souhaitant demander l’asile en Pologne. Mais en réalité, leur voyage a été facilité par le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko qui souhaite ainsi déstabiliser son voisin… qui s’y refuse. Avec des dizaines d’autres, ils deviennent alors l’objet d’un conflit qui les dépasse.

Green Border d’Agnieszka Holland avec Jalal Altawil, Maja Ostaszewska

Date de sortie : 27 mars 2024

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Green border, ou « frontière verte », désigne une région faite de forêt et de marécages qui sépare la Biélorussie et la Pologne. Le climat est froid et les hivers longs. Cette région, naturellement inhospitalière est le théâtre du dernier film de la réalisatrice polonaise naturalisée française Agnieszka Holland (Le Complot, 1988; Europa Europa, 1990; L’Ombre de Staline, 2019).

Celle-ci aime mêler la petite histoire dans la grande et relater les difficultés de la migration en Europe, quel que soit l’époque. Cette fois-ci, elle s’attache à la crise migratoire de 2021, lorsque le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko organise par avion l’arrivée de milliers de migrants venant de Syrie, de Turquie ou d’Afghanistan et leur promet une route sécurisée vers l’Europe. En les manipulant, il souhaite déstabiliser la Pologne et à travers elle, l’Union Européenne qui a décidé de sanctions contre son régime. « Les dictateurs ont compris comment affaiblir l’Europe en utilisant les migrants » dénonce la réalisatrice dans les médias. Mais une fois dit ce postulat, l’Europe ne doit-elle pas agir autrement qu’en utilisant les mêmes armes que ceux à qui elle s’oppose ? C’est une des questions que pose Agnieszka Holland à travers le récit de cette famille syrienne coincée dans ce no-man’s land, rejetée comme des balles de ping-pong par des militaires aux pratiques identiques quel que soit la frontière.

Afin d’élargir le propos, elle filme l’histoire du point de vue de plusieurs protagonistes différents : garde-frontières, activistes, migrants, habitants. Ces regards posés sur une même situation interrogent la conscience de chacun et par ricochet celle de leurs proches. Faut-il aider ces personnes ? Et si oui, jusqu’où les aider ? Même au sein du groupe d’activistes les positions évoluent, se différencient, certains se radicalisent, d’autres pas. Tout dépend de sa position, de son histoire personnelle, de ses convictions… Ce choix du scénario permet au film d’éviter un côté manichéen ou moralisateur trop facile qui aurait pû affaiblir son impact.

Pour ce travail, la réalisatrice s’est parfaitement documentée et a voulu questionner aussi bien des migrants que des activistes, des habitants et des militaires. Son co-scénariste le polonais Maciej Pisuk qui a lui-même fait partie des activistes à cette période, a ainsi utilisé son expérience dans les plus petits détails (la bouteille d’eau qui se vend 20 euros). Ainsi, chaque situation décrite (l’échographie en pleine forêt) a été inspirée d’une histoire vraie. Agnieszka Holland a néanmoins fait l’objet de critiques virulentes de la part de plusieurs partis polonais nationalistes tandis que d’autres louaient son objectivité, son récit ne questionnant pas seulement les polonais (qui ont montré qu’ils étaient capables d’hospitalité avec la crise ukrainienne).

Le résultat est un très beau film à l’esthétique noir et blanc qui séduit et heurte à la fois. Avec l’espoir que le meilleur de l’Homme ait le dernier mot…

Le sujet est malheureusement toujours d’actualité puisqu’en février 2024, la Pologne a annoncé qu’elle modernisait sa frontière avec la Biélorussie et qu’elle coordonnait ces travaux avec les pays baltes et la Finlande. L’objectif déclaré est de se préparer à une éventuelle offensive russe… et à une nouvelle vague migratoire.

Le film a reçu notamment le Prix spécial du Jury à Venise et le Prix Jury des Jeunes au FIFDH.

 

Virginie Hours, reporter pour Color My Geneva – tous droits réservés

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